Description du projet



Du geste au code numérique, de la couleur au vêtement, les codes prennent aujourd’hui une place exponentielle dans notre monde et dans nos vies.

Le code, c’est la base de toute communication entre les êtres humains. Le code, c’est l’organisation, la classification, la rationalisation des choses dans le but de mettre en place des systèmes qui régissent nos sociétés.

Le code, c’est à la fois l’expression de l’identité et un outil d’administration et de hiérarchisation, un moyen à notre disposition pour construire un monde libre comme pour asservir.

À travers CODES, l’équipe d’insanë cherche à revisiter l’espace, l’esthétique et les modes d’expression du théâtre, afin d’en mettre en question les codes et conventions. Pour offrir de l’humain une vision plus complète et moins rationnelle, proposer au public une rencontre au-delà du langage usuel.


Codes et conventions



Le code, c’est la base de toute communication entre les êtres humains.
Le code, c’est l’organisation, la classification, la rationalisation.
Le code, c’est la mise en place de systèmes qui régissent nos sociétés.
Le code, c’est à la fois l’expression de l’identité et l’outil de hiérarchisation.


Les codes ont, depuis la naissance de la communication, pris une place exponentielle dans la vie des êtres humains et occupent, aujourd’hui particulièrement, une position clé dans les rapports entre les individus entre eux. Sans clé de décodage, le code ne peut être compris, l’individu reste isolé dans son état d’animal ignorant.

Le code, c’est donc un outil au service de l’être humain pour ériger une société et évoluer, autant dans la pensée que dans la réalisation d’autres outils plus performants. Il est au centre de tout. Et son importance en est ainsi exponentiellement démultipliée.


« Les pensées meurent au moment où elles s’incarnent en mots » Schopenhauer


Tout code est une invention de l’homme. Tout code est une simplification de la pensée, dans le but de pouvoir l’universaliser. En conséquence, comme nous l’indique Schopenhauer ci-dessus, tout code n’est qu’une vulgarisation du concept, de la notion. Contradictoire ! Le code est ainsi à la fois un outil de communication et à la fois un outil d’incompréhension de l’autre, dans toute sa complexité. Le langage, la classification, le règlement, la méthode, le protocole, le système, la théorie, la charte, la démarche deviennent alors des moyens à la disposition de l’homme pour construire un monde libre comme pour asservir. Le populisme, la démagogie, la publicité mensongère en sont des exemples flagrants. Le monde d’aujourd’hui est un monde de codes. Avant de pouvoir établir une communication, il est obligatoire de connaître les codes de l’autre. La langue, le numéro de téléphone, le numéro de carte de crédit, mais aussi le style d’habillement, la mimique, le sexe, l’apparence, les couleurs sont autant de symboles à connaître (dont il faut posséder la clé de décodage) pour pouvoir les comprendre, sous peine d’isolement complet. Nous sommes donc de plus en plus des spécialistes du déchiffrement et de l’analyse. Mais où se trouve là-dedans la véritable part de l’humain, dans son essence, dans sa diversité et dans sa profondeur ? La codification à outrance de notre monde nous amène à la fois vers des avancées scientifiques et théoriques extrêmes et à la fois vers une incompréhension de plus en plus grande d’un monde trop systématisé. L’art est-il aujourd’hui une des seules voies qui nous reste pour aborder le monde dans son abstraction et dans sa subjectivité humaine? Trop de rationalisation amènerait-elle paradoxalement au chaos, à la révolution?


Notes d’intention de mise en scène



Partant du principe que mettre en mots une pensée, c’est la faire mourir, quels sont les modes d’expression scéniques qui sont encore utilisables pour établir une communication sincère et totale entre la scène et la salle ? Et ces langages ne doivent-ils pas être multipliés pour offrir au public une vision la plus complète possible de la pensée présentée ? Nous pensons qu’il existe de nombreuses manières de contourner les organes de rationalisation extrême de l’être humain, dans le but d’utiliser un langage scénique du domaine de l’abstrait et de l’affranchi. Nos sens ont tous des capacités de réception et d’intégration de signaux non-concrets, utilisons-les! Notre parti pris est donc de développer un langage et une esthétique de l’abstraction scénique ; pour présenter les codes et leur impact sur notre monde de manière multiple et en laissant une grande liberté au spectateur dans le décodage plus ou moins rationalisé de ce qui lui est présenté. Les modes d’expression que nous utiliserons pour CODES seront ceux de la présence en scène d’un comédien, du mouvement, de l’espace, de la lumière, de la vidéo, du son et de la musique, dans une esthétique qui les regroupe tous, tout en laissant à chacun sa spécificité, son vecteur de communication ; le tout sans paroles, sans mots, sans texte. Tout comme la notion de code est contradictoire et peut être utilisée pour libérer comme pour asservir, les langages ci-dessus peuvent être utilisés de plusieurs manières. Prenons l’exemple de la vidéo qui force le point de vue du spectateur en ne montrant que ce qu’elle veut. L’intention de mise en scène qui servira de fondation à la création du spectacle est ainsi celle de continuer la réflexion de la compagnie autour des modes d’expression du théâtre, dans le but de poser les questions des codes et des conventions, ainsi que de leur impact sur nos vies et sur nos pratiques. À ces questions, nous ne souhaitons pas apporter une ou plusieurs solutions concrètes et applicables directement, mais bien ouvrir une tribune publique, de laquelle chaque spectateur peut recevoir des pistes de réflexion sur sa propre utilisation des codes et des conventions.


Espace et esthétique théâtrale



Aborder la notion des codes nous amène à un travail sur les conventions mêmes de la représentation théâtrale. Comment communique-t-on aujourd’hui avec le public et quelles sont les frontières que l’on se doit d’explorer pour établir un lien honnête et réciproque entre la scène et la salle ? Notre volonté d’intégrer et de penser des moyens d’expression encore jeunes, comme la vidéo, les technologies nouvelles et le son, est celle d’utiliser des outils modernes pour la création d’objets artistiques. Il est temps aujourd’hui de s’approprier les techniques nouvelles et de réconcilier l’homme et les produits de la science. Ceux-ci ne sont que des outils à la disposition de l’être humain pour son évolution, et non pas un monde parallèle indépendant qui prend lentement le pouvoir. Morphing audio, vidéo en lien direct avec l’action scénique, corps-écran, haut-parleurs sur des siéges dans le public, amplification et transformation des sons de la scène, mouvements du comédien initiés par l’image ou le son, présence humaine dans un espace technologique, ou comment réussir à dépasser le gadget technologique figuratif pour découvrir les nouvelles possibilités de la machinerie théâtrale en lien direct avec le comédien et le public? Tous ces éléments ne sont-ils d’ailleurs pas eux aussi des comédiens à part entière ? Le projet CODES est un projet que nous souhaitons pouvoir présenter sous deux formes différentes : une forme dans un espace éclaté et une forme dans un espace théâtral frontal. À travers ces deux formes, nous souhaitons pousser la réflexion du rapport scène-salle et de l’esthétique théâtrale. Le comédien sera, dans les deux cas, au centre d’un monde d’image et de son, métaphore de la société de codes qui est la nôtre. Un espace neutre et vide, constitué d’écrans et de sources sonores multiples servira de cadre à la scène. Celui-ci se remplira au fur et à mesure d’images vidéo et de sons, dans toute leur liberté de métamorphose et d’amplification extrême. Le contexte sera donc constamment créé par des éléments éphémères et virtuels, à la recherche d’un monde dont on perd lentement le contrôle. À travers CODES, nous cherchons par conséquent à revisiter l’espace, l’esthétique et les modes d’expression du théâtre afin d’en faire évoluer les codes et conventions, vers une forme moderne d’expression artistique, à la rencontre du public.